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Valoriser les langues minoritaires avec Lingua Libre : le témoignage d’Emma Vadillo

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Lingua Libre, la médiathèque linguistique participative de Wikimédia France a franchi en juin le seuil symbolique des 500 000 enregistrements audio. À cette occasion, l’association vous fait découvrir quelques-uns de ces bénévoles qui participent à cette aventure collaborative.

Sa découverte de Lingua Libre

Emma Vadillo

Emma Vadillo a d’abord intégré Wikimedia France en tant que volontaire civique, participant principalement à la structuration générale de Lingua Libre et à l’animation de communautés linguistiques. À l’heure actuelle, elle est étudiante à l’université Sorbonne en linguistique et à l’INALCO (Institut national des langues et civilisations d’orient) où elle se spécialise en langues des Amériques.

Son soutien aux projets wikimedia en lien avec la diversité linguistique demeure cependant très régulier. Elle suit toujours de près les avancées sur Lingua Libre, contribuant souvent aux remises à niveau et aux besoins en maintenance que l’outil requiert au quotidien. Parmi les derniers projets qu’elle a co-géré, citons par exemple la préparation de formations sur Lingua Libre, en partenariat avec la plateforme atlas et d’autres bénévoles wikimédiens.

Pourquoi t’être lancée dans l’apprentissage des langues d’Amérique au cours de tes études ?

« Je dirais que c’est avant tout une question d’identité culturelle. De fait, mon père est péruvien et mes grands-parents parlent le quechua. Il y a certaines traditions de ce côté là de ma famille que j’aimerais bien conserver et c’est en partie ce qui m’a poussée à apprendre le quechua à mon tour. En fait, je m’intéresse à toutes les langues des Amériques comme le mapuche et le guarani.

Très rapidement, cet intérêt que je leur porte est devenu une question de justice sociale car les langues indigènes originaires des Amériques sont très peu recherchées en linguistique. La connaissance que l’on a de ces langues est largement inférieure à celle qu’on a de l’anglais ou même de l’espagnol. Mon intérêt pour l’étude de ces langues est également politique car elles sont très défavorisées par rapport aux ressources investies dans l’éducation, les médias et l’information en général. »

Comment est-ce que tu perçois les politiques d’indigénisation portées par certains gouvernements en Amérique latine pour promouvoir la plurinationalité?

« L’Équateur et la Bolivie ont respectivement mené en 2008 et 2009 des réformes constitutionnelles visant à devenir des États multinationaux. Ces deux pays reconnaissent dorénavant formellement la coexistence de minorités ethniques possédant des identités culturelles qui leur sont propres dans leur territoire.

Pour rebondir sur les efforts d’indigénisation du gouvernement d’Evo Morales et maintenant de son successeur Louis Arce, je trouve ça très bien. Leur politique visant à favoriser le quechua en Bolivie par exemple est une bonne initiative. Cependant, il y a beaucoup plus de langues que celle-là. À la rigueur, on pourrait même dire que le quechua est favorisé dans ce contexte par rapport à d’autres langues originaires. On trouve beaucoup de communautés linguistiques, plus petites et sans aucune visibilité. Ce sont les résolutions autour de cette problématique qui rendent les projets collaboratifs de Wikimedia si intéressants car on espère qu’à terme, les communautés elles-mêmes participent à la promotion de leurs langues, sans devoir attendre l’intervention d’une entité externe. De plus, des concepts autochtones mais qui sont de plus en plus politisés comme le Sumak Kawsay (littéralement « bien vivre » en quechua) montrent à quel point la promotion de la langue est liée au politique, notamment à des mouvements socialistes. »

« On trouve beaucoup de communautés linguistiques, plus petites et sans aucune visibilité. Ce sont les résolutions autour de cette problématique qui rendent les projets collaboratifs de Wikimedia si intéressants car on espère qu’à terme, les communautés elles-mêmes participent à la promotion de leurs langues »

Quel rôle a joué ton volontariat chez Wikimédia France dans l’intérêt que tu portes aujourd’hui à favoriser la diversité linguistique?

« J’avais déjà cette envie là avant de faire partie de Wikimedia France. Je me souviens avoir pensé qu’intégrer Wikimedia France serait une occasion en or qui me permettrait de continuer à travailler dans ce domaine, mais aussi d’en apprendre davantage sur la diversité linguistique dans le contexte français. Pendant mon volontariat par exemple, j’ai beaucoup été en contact avec des membres de la communauté occitanophone. J’ai pris conscience que la vitalité des langues de France est aujourd’hui fortement impactée du fait de la centralisation qu’on connaît déjà depuis plusieurs siècles. »

Pour Emma, intégrer Wikimedia France était « une occasion en or » qui lui permettait de continuer à travailler dans ce domaine d'étude.

À quel stade du développement de l’outil es-tu intervenu?

« Lingua Libre a été pensé comme un outil pour la valorisation des langues de France. Mais étant donné que c’est un outil ouvert et applicable aux autres projets wikimedia, c’est un outil qui peut servir à d’autres langues. Je suis arrivé à Wikimédia France dans une phase ou on essayait de promouvoir et d’internationaliser Lingua Libre. Cependant les demandes de chaque communauté linguistique sont plus précises qu’un simple outil d’enregistrement. Si on veut satisfaire les demandes de ces communautés linguistiques qui veulent se servir de l’audio pour des Wikipédias et des projets pas simplement lexicographiques comme le Wiktionnaire, il va falloir davantage développer l’outil.

Il faut aussi prendre en compte que souvent, les locuteurs de langues en danger ne sont pas forcément des contributeurs au mouvement Wikimedia. Parfois même, ces minorités linguistiques ne sont pas utilisatrices d’internet. On a quelques exceptions comme les Atikamekw par exemple, mais eux sont au Québec et pour la plupart, équipés d’ordinateurs. C’est un des problèmes auxquels on doit faire face lorsqu’on veut s’internationaliser et permettre à des locuteurs de langues minoritaires de prendre en main l’outil. »

Comment se déroule le partenariat avec la Plateforme Atlas et qu’espérez vous accomplir ensemble?

« C’est Chady Raad Jawad, responsable de la Plateforme Atlas, à qui l’idée de travailler avec Wikimédia France et d’anciens élèves de l’INALCO (Institut nationale des langues et civilisations orientales) est d’abord venue. Les formations qui en ont découlé ont pour but de permettre à leur public de contribuer de manière régulière sur Lingua Libre. Jusqu’à ce jour, les formations s’adressent principalement à d’anciens élèves de l’INALCO, mais l’expansion qu’a récemment connue Lingua Libre nous permettra de toucher bientôt d’autres publics. C’est ce sur quoi nous travaillons actuellement vis à vis de l’intérêt que montrent plusieurs chapitres d’Amérique Latine pour ces formations. Je suis ravie que cela soit en train de se concrétiser à l’heure actuelle.

Comme pour tous les projets wiki, on espère que de petits cercles de contributeur⋅rices se forment et utilisent l’outil pour promouvoir leur langue. La constitution de ces communautés linguistiques passe souvent par des affinités et c’est pourquoi on espère que les étudiant⋅es de l’Inalco passent le message à leur contacts privés, bien souvent des locuteurs natifs. »

Emma présentant Lingua Libre et le Wiktionnaire au public de l'INaLCO

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Sarah Krichen WMFr, CC BY-SA 4.0
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Chadilang, CC BY 4.0

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