Accueil / Focus sur / La BIU Santé et l’accès à la connaissance libre

La BIU Santé et l’accès à la connaissance libre

Posted on

La BIU Santé et l’accès à la connaissance

La Bibliothèque interuniversitaire de Santé est l’une des plus vieilles et des plus grandes bibliothèques de santé du monde. Ses collections les plus anciennes remontent au Moyen-Âge. Elles sont réparties sur deux sites parisiens : celles de médecine au siège de l’université de Paris, près d’Odéon ; celles de pharmacie au cœur de la faculté de pharmacie, près de l’Observatoire.

Grande salle de lecture de la BIU santé, pôle médecine / odontologie. BIUM (CC BY-SA 3.0)
Grande salle de lecture de la BIU santé, pôle médecine / odontologie. BIUM (CC BY-SA 3.0)

Derrière son image de musée et ses lampes vertes, la BIU Santé est avant tout une bibliothèque contemporaine, de recherche et d’enseignement. Les publics qu’elle accueille sont des étudiants ou des professionnels de santé déjà en exercice, de Paris ou d’ailleurs. Elle possède en effet un certain nombre de missions nationales : desservir par exemple les praticiens qui n’ont pas accès à la documentation d’une institution (université, Inserm ou CNRS). Ces lecteurs sont intéressés par les publications actuelles, françaises et étrangères, les plus récentes possibles – car l’information se périme vite dans le domaine médical.

Le partage des images dans Commons

De par son histoire la BIU Santé a donc la chance d’héberger des collections patrimoniales d’exception, parfois uniques au monde. Ces documents historiques appartiennent généralement au domaine public, et sont libres de droits. Raison de plus pour les partager le plus largement possible.

Des milliers d’ouvrages anciens sont ainsi numérisés tous les ans en interne ou via des prestataires. Ils deviennent librement accessibles sur Internet, dans la bibliothèque numérique Medic@. On y trouve aujourd’hui plus de 4,5 millions de pages numérisées, sur l’histoire de la santé. En marge de Medic@ existent aussi une base de biographies et une banque d’images et de portraits, qui comprend plus de 240.000 illustrations.

Autant de documents disponibles sous licence Etalab, l’équivalent d’une licence Creative Commons CC-BY. Leur réutilisation peut s’effectuer sans autorisation préalable, à condition de citer la source. Cette politique de diffusion porte ses fruits : les images sont régulièrement reprises sur des sites, des blogs, les réseaux sociaux… et sur Wikimédia Commons. On y dénombrait en 2016 plus de 300 items provenant des collections de la bibliothèque. Mais ces fichiers n’étaient pas en haute définition et les métadonnées (données décrivant l’image) étaient parfois incomplètes… Sans parler des autres illustrations provenant de la BIU Santé, déposées sur Commons sans mention de la source, et dont l’origine est donc perdue.

Amélie, Reine du Portugal. Bibliothèque interuniversitaire de santé [Licence Ouverte]
Selon l’adage « on n’est jamais mieux servi que par soi-même », les bibliothécaires ont décidé de déposer eux-mêmes leurs clichés en haute définition sur Commons. Une convention passée avec Wikimédia France a permis de mettre la BIU Santé en relation avec des bénévoles intéressés par le projet. En l’occurrence Edouard Hue et son logiciel ComeOn!, qui permet de déposer des images par lots. À l’issue d’un long travail technique, 4000 portraits numérisés ont déjà été mis en ligne. Des liens ont été créés au passage vers les fiches Wikidata des personnes représentées, pour favoriser les réutilisations ultérieures.

La communauté prend petit à petit possession de ces données. Les portraits sont utilisés pour illustrer les fiches des médecins concernés sur différentes versions de Wikipédia. Des anonymes sont finalement identifiés, des erreurs sur les fiches sont corrigées, les fichiers sont classés en catégories, etc. À charge pour la bibliothèque de continuer l’aventure et de déposer d’autres ensembles d’images, ce qui est prévu dans les années à venir.

Former les étudiant(e)s à l’utilisation de Wikipédia

Une autre mission des bibliothèques est de favoriser le développement de l’esprit critique. Tâche délicate mais primordiale à l’heure où prolifèrent les fake news. La BIU Santé accueille par exemple des élèves sages-femmes dans le cadre d’une sensibilisation à la validité de l’information trouvée en ligne. Internet est fréquemment consulté pour des interrogations sur des maladies, des blessures, des traitements… Dans ces domaines comme dans bien d’autres, Wikipédia apparaît en bonne place dans les résultats. Mais comment s’assurer que les informations y sont fiables ?

Les futures sages-femmes qui choisissent cet enseignement optionnel sont reçues en deux ateliers de trois heures chacun. La première session est consacrée à une présentation de l’encyclopédie par des bénévoles de Wikimédia France. On explique aux étudiant(e)s l’histoire du site, son fonctionnement et sa modération, ce qu’on y trouve et comment on peut corriger et améliorer les contenus. À l’issue de cette séance, les stagiaires sont invité(e)s à choisir un ou deux articles en rapport avec leur spécialité. Ils ont été préalablement choisis par les bibliothécaires, en accord avec les enseignants. Lors de la deuxième session de trois heures, les étudiant(e)s présentent leurs suggestions de correction / amélioration et les mettent en œuvre avec l’aide des bénévoles.

Présenter Wikipédia aux professionnels

Aspirateur à encoche (aspirateur à vide invariable). Dieulafoy (Domaine public)

Un autre type de présentation bénéficie de l’aide des wikipédiens, en direction des professionnels de l’information. Tous les ans, la bibliothèque organise une Journée nationale des bibliothécaires et documentalistes en santé (JNBDS). Elle réunit des collègues travaillant à l’université, à l’hôpital, dans des établissements spécialisés… En 2019, l’un des ateliers proposés concernait Wikipédia et la médecine. Quelles sont les problématiques de l’encyclopédie dans ces domaines ? Et comment les bibliothèques peuvent-elles s’y impliquer ? Les exemples sont nombreux : organisation de formations à destination des lecteurs (voir ci-dessus !), mais aussi enrichissement des contenus avec des ressources validées. C’est ce que fait par exemple la National Library of Medicine aux États-Unis : les collègues américains organisent des edit-a-thons et complètent les pages avec des ressources fiables issues des bibliothèques. La collaboration Cochrane recrute de son côté des volontaires chargés de mettre à jour dans les articles les références à ses revues systématiques (travail de synthèse sur une question médicale donnée). Quant à certains étudiants en médecine, ils s’interrogent sur la pertinence des informations contenues dans les articles de leur spécialité.

Bref, les interactions possibles entre Wikipédia et les bibliothèques médicales sont nombreuses et variées. Avec ses collections uniques, la BIU Santé est fière de participer à l’enrichissement et à la promotion de l’encyclopédie, que ce soit auprès des étudiants, des praticiens ou des bibliothécaires et documentalistes.


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Top